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T.O. Lundi 12/B - Le “Saint Désir !“ - St Grégoire le Grand
A partir de
quelques notes, je voudrais - trop rapidement et imparfaitement certes -, vous
encourager à sans cesse redécouvrir ce que les Anciens appelaient - dans la tradition
monastique - “le désir de Dieu“. St
Grégoire m’y encourage, lui qu’on a souvent appelé “le docteur du désir“. La
componction (1) et le désir sont des manifestations de l’amour qui tend sans
cesse à l’union à Dieu.
“Celui qui
de tout son esprit désire Dieu a déjà certainement celui qu’il aime“. Hom. in Evang. 30, 1
Grégoire donne
souvent comme exemple Ste Marie-Madeleine chez qui tous les thèmes se
mêlent : recherche de Dieu, pleurs d’amour (componction), et grand désir de
Dieu :
“Elle
pleurait en cherchant, enflammée du feu de son amour, elle brûlait de désir… À
celle qui aime, il ne peut suffire de regarder une seule fois car la force de
l’amour multiplie l’ardeur de la recherche…“. Et ce désir intense, dit
Grégoire, est capable de saisir déjà ce que l’on cherche. Hom. in Evang. 25
Oui, le désir augmente
notre capacité de Dieu. Aussi, ne soyons que “désir“, car ce désir - qui est un
état de prière - est la forme même de notre amour. « Anhelare, aspirare, suspirare » :
St Grégoire a tout un vocabulaire limpide, pur pour exprimer ce désir de Dieu. Le
désir, à mesure qu’il s’intensifie, est comme déjà comblé par une possession de
Dieu qui le fait croître encore.
Plus encore que St Augustin, et
avec un autre accent, Grégoire a chanté à chaque page de ses écrits ce désir de
l’âme.
Naturellement, le désir de Dieu suppose une purification des désirs
Et la purification des désirs se réalise par l’ascèse. L’homme terrestre désire naturellement les délices terrestres et les choses spirituelles ne provoquent qu’ennui à celui qui les ignore.
Désirer
Dieu, c’est donc se purifier d’autres désirs, c’est se détacher pour mieux
désirer Dieu et s’attacher à Lui. Ainsi, le désir de Dieu exige de nous une
lutte courageuse contre les tendances contraires au “saint désir“ !
Certes, les biens
terrestres sont à notre usage (ad
usum), ils ne doivent pas nous dominer : “Qu’elles soient possédées, les choses terrestres, qu’elles ne
vous possèdent pas. H. Ev. 36
Surtout,
puissions-nous ne pas aimer nos désirs mauvais, car alors :
“Nous ne
voulons pas goûter au-dedans la douceur qui nous est préparée, préférant
au-dehors, malheureux que nous sommes notre état d’affamés (amamus foris miserii famem nostram).
H. Ev. 36
St Grégoire
poursuit en remarquant qu’il ne faut regarder que “de côté“, si l’on peut dire,
tout ce qui passe :
“Usez des
choses temporelles durant votre pèlerinage, mais désirez les biens éternels
pour le terme. Il faut ne
regarder que de côté - ex latere - pour ainsi dire, tout ce qui passe
dans ce monde, ne considérant que ce à quoi nous devons parvenir. H. Ev. 36
Le désir est l’âme de la prière
“Ce qui rend
nos voix puissantes (pénétrantes) aux oreilles très secrètes de Dieu, ce ne
sont pas nos paroles, mais nos désirs. Si
nous demandons la vie éternelle de bouche (du bout des lèvres) mais que nous ne
la désirons pas du fond du cœur, nous nous taisons malgré notre clameur (tacentes clamemus). C’est dans le
désir que se trouve cette secrète clameur qui ne parvient pas aux oreilles
humaines mais qui remplit l’ouïe (l’oreille) du Créateur (auditum Creatoris replet). Moralia XXII, 43
Ce “désir de Dieu“ est augmenté par la venue du Christ, Dieu fait
homme !
En effet, l’Incarnation
du Verbe de Dieu, le Christ, révèle l’Invisible si bien que notre désir “voit“
déjà la lumière qui nous est intérieure. Grégoire a des formules admirables et
décisives pour parler de l’Incarnation révélatrice : “Par le mystère du Verbe incarné, tandis que nous connaissons Dieu
sous une forme visible, nous sommes enlevés (rapiamur :
c’est un rapt) dans l’amour des choses invisibles“.
L’homme, symbolisé pour St Grégoire par l’aveugle assis au bord de la
route près de Jéricho, est illuminé par la présence de son Rédempteur afin qu’il
puisse voir déjà par le désir les joies de la Lumière intérieure (internae lucis gaudia jam per desiderium
videat) et qu’il puisse poser sur le chemin de la vie les pas de
l’œuvre bonne.
Puissions-nous avoir sans cesse ce grand désir de Dieu que chantait
admirablement St Grégoire, lui, affronté pourtant aux terribles épreuves de son
temps, et nous entretenir sans cesse de ce désir exprimé par notre prière
commune et personnelle!
(1) tristesse
devant sa condition faible et pècheresse
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