samedi 16 juin 2018

Maladie, Souffrance... !


La souffrance !

Après avoir été curé d'une paroisse (Solesmes), fréquentant nombre de femmes et d'hommes qui cheminaient - cahin-caha - avec la souffrance comme permanente compagne…,
après avoir été, quelques années durant, aumônier d'un hôpital (Sablé) où la mort ne cessait de rôder…,
après avoir été "directeur" d'une maison de retraite où bien des pensionnaires ont - solitairement souvent - terminer une existence très active, par une longue période de difficile dépendance humaine…,
après, pour ma part, de multiples séjours en hôpital ou clinique (le dernier ne date que de huit jours)…,

je sais que - malgré des moments immenses de foi, d'espérance, d'amour -, la question du sens, du pourquoi de la souffrance resurgit toujours… et souvent avec plus de tranchant. Et même, parfois, la révolte peut gronder en nos cœurs, puisque c'est souvent la seule arme de spectateurs impuissants.

Pourtant..., pourtant, combien j'aimerais apprivoiser moi-même la maladie, la souffrance qui y est attachée. Combien j'aimerais pouvoir regarder la maladie, comme on peut contempler avec espoir un champ strié de labours. Les crevasses sont lieux de semences, de fécondité et de récoltes. Oui, mon cœur d'homme fraternel et compatissant à la douleur humaine aspire à recueillir chrétiennement la semence et le fruit d'éternité contenu dans la vie de bien des malades qui ne cessent - consciemment et inconsciemment - de méditer, de vivre le mystère pascal du Christ  !

Reconnaissons-le : notre monde est bâti pour les bien-portants - On s'active, on s'agite, on s'énerve. Toutes les secondes sont comptées ; car le temps, c'est de l'argent. L'homme doit remplir sa fonction de producteur et de consommateur. Nous sommes régis par les lois d'efficacité, de rentabilité, d'utilité. Les malades sont, à certains égards, des membres inutiles et dispendieux de nos sociétés. Et on ne l’affirme que trop aujourd’hui.

Or, le côtoiement de la maladie nous oblige à redécouvrir d'autres valeurs, ces valeurs qui rendent les cœurs sensibles et aimants. Dans l'entourage d'un malade, nous avons à réapprendre la tendresse, à réapprendre la patience, à réapprendre la gratuité, le service. Nous ne pouvons aborder un malade que si nous nous oublions nous-mêmes, que si nous acceptons de prendre de précieuses minutes pour être disponibles à la sympathie, au service gratuit, au silence de communion.

A l'intérieur de ces attitudes apparaissent ainsi les bases d'un monde plus humain et quasi divin. Dans la profondeur de ces attitudes, nous pouvons déceler une parcelle de la présence du Christ : "J'étais malade et vous m'avez visité… ". - "Chaque fois que vous l'avez fait à l’un de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mth 25.31-44).

Et puis, nous pouvons nous examiner nous-mêmes :
Chacun de nous supporte quotidiennement ses petits malaises. Certes, ces malaises minent souvent nos énergies et notre moral ! Et parfois nous sommes obligés de ralentir nos activités.
Mais quand la douleur du corps prend le dessus sur nos forces, nous devons réapprendre la dépendance, la pauvreté et l'espérance à l’exemple du Christ en son mystère pascal de mort et de vie (et non de vie et de mort).

Réapprendre la dépendance, c'est aussi réapprendre la solidarité, c'est prendre conscience que les uns sont liés aux autres - pour un service mutuel -. Et quand on demande un verre d'eau pour soulager la brûlure de la fièvre, on reproduit cette image du Christ, solidaire et dépendant de ses frères et sœurs, qui demande à boire à une Samaritaine, et même à des soldats romains…  Puissions-nous ne jamais nous désolidarisés !

Réapprendre la pauvreté, c'est être capable de contester les illusions d'une vie dont le bonheur dépendrait de l'argent, de la gloire et de la puissance. C'est révéler que la seule semence d'éternité vient du cœur, de l'amitié, de la fidélité. Du pardon s’il le faut.

Et enfin, réapprendre l'espérance, c'est se rapprocher de Dieu, c'est confier sa vie à Dieu qui a révélé aux hommes, à travers la résurrection du Christ, son projet de faire éclater toutes frontières, celles de la mort elle-même. "Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur comprendront la vérité, ceux qui sont fidèles resteront avec Lui dans son amour" (Sag. 3.9). – Combien de fois, ai-je entendu cette réflexion d’un malade : "De toutes façons, j'ai confiance en Dieu, pour moi et pour les miens"...

Voilà pourquoi je voudrais moi-même apprivoiser de plus en plus la maladie, la souffrance, parce qu'elles peuvent nous rendre plus humains, nous attacher à l'essentiel. Voilà ce que nous pouvons recueillir de fruit d'humanité et d'éternité dans la vie de nos "souffrants" pour parvenir tous ensemble à la gloire du Ressuscité  !

Oui, prions pour nos malades !
Toute prière comporte normalement une bénédiction. Je vous y invite pour proclamer que, même à travers peine, maladie, souffrance, le Seigneur de la Vie peut nous atteindre, peut renouveler sa présence en chacun d'entre nous, pour nous amener à notre pleine humanité, humanité qui ne peut parfaitement se réaliser sans Dieu, humanité qui resplendira "à l’image de Dieu", à l'image du Christ toujours vivant et glorieux !

Oui, ne cessons pas de prier pour nos malades !